10 juillet 2008

Pongo

orang_outan

PONGO

Ils arrivent. Ils vont m'avoir, je sais que le temps m'est compté. Aujourd'hui, demain, dans un mois... Je suis déjà mort, ou pire encore.  Je suis le dernier. Tout finit avec moi.

Au départ ils étaient une légende. Parfois dans les veillées on disait que certains vivaient près de nous, que ceux-là étaient pacifiques et ne cherchaient pas à interférer avec notre univers. On disait même qu'ils avaient des moeurs assez semblables aux nôtres. De temps à autre on faisait état de leur présence, mais personne n'y prêtait vraiment attention. Ils étaient comme des ombres qui vivaient en marge de nos terres.

Et puis les ombres se sont rapprochées. Au fil des ans on a soudain entendu des histoires inquiétantes. Certains d'entre nous disparaissaient, on parlait même d'attaques et de meurtres sauvages. Nous avons commencé à avoir peur. Mais nous nous sentions à l'abri dans notre forteresse verte. Nous nous trompions.

Ils ont commencé une guerre que nous avions perdu d'avance. Leur technologie, incomparablement supérieure à la nôtre, leur avait assuré la victoire dès le départ. Lentement mais inexorablement, leurs terribles machines ont envahi et détruit notre monde. Sur terre, dans les airs ou sur l'eau, ils étaient partout et leur avance progressait un peu plus chaque année. Des réfugiés ont commencé à affluer, racontant des histoires atroces. De mères massacrées sous les yeux de leurs enfants, qui étaient ensuite emmenés on ne savait où. On ne les revoyait jamais. Pourquoi faisaient-ils tout ça ? Que leur avions-nous fait, nous si paisibles qui n'aspirions qu'à une vie simple et heureuse ?  Pourquoi brûlaient-ils nos terres, éradiquant ainsi toute vie et stérilisant chaque parcelle qu'ils colonisaient ? Nous n'arrivions pas à comprendre.

... Ils arrivent. Ces dernières semaines leur assaut a été dévastateur. Nous avions beau nous dissimuler, utiliser au mieux nos capacités de camouflage, ils nous trouvaient toujours. Il y a deux jours ils ont assiégé notre refuge. J'ai réussi à m'enfuir, j'entendais derrière moi le fracas des moteurs de leurs machines tandis qu'ils mettaient à bas nos tours. Et puis les cris terrorisés des membres de ma famille ont dominé le vacarme. Je me suis bouché les oreilles et j'ai couru. Mais leurs cris résonnent encore dans ma tête. Et maintenant c'est mon tour.

Je me suis réfugié dans un abri en hauteur, mais ils nous connaissent trop bien. Ils ont scruté la canopée, utilisant des instruments optiques capables de repérer tout être vivant. Ils m'ont vite trouvé. Mes pensées affolées s'envolent dans tous les sens, tandis que je sens les vibrations atroces de leurs engins mordre mon refuge. Je sais que dans quelques instants je vais rejoindre les miens, qu'ils vont m'emmener dans leur enfer. A l'instant où tout s'effondre, où je vais toucher le sol, je croise le regard de l'un d'eux.

Mon dieu... Ses yeux...  Si cruels mais pourtant si semblables aux miens...  Quelle ironie... Sommes-nous si différents après tout ? Savent-ils qu'ils exterminent leurs frères ? Mais c'est trop tard... Qui se souviendra de notre peuple quand il aura disparu...

J'étais Pongo, le dernier homme de la forêt de Bornéo... ce qu'en malais on traduit par  "orang-outan".

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Posté par adamantin à 09:53 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Pongo

    Récit très émouvant et oh ! Combien vrai... l'homme finira par se détruire lui-même...

    Bonne journée

    Posté par Laudith, 10 juillet 2006 à 11:00 | | Répondre
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